Un entretien avec le Pr Isabelle RYL, Vice-président Intelligence Artificielle à l’Université PSL, Directrice de PR[AI]RIE-PSAI
La formation au service de l’acculturation à l’IA
Pourriez-vous nous présenter le programme de Paris School of IA de PSL ?
Rappelons tout d’abord que PR[AI]RIE-PSAI est l’un des 9 IA Clusters lauréats de l’appel à projets annoncés en juin 2024. Porté par l’Université PSL en partenariat avec l’Université Paris Cité, le CNRS, Inria et l’Institut Pasteur, il est structuré en trois volets : recherche, formation et innovation. Le volet recherche rassemble 125 chercheurs identifiés qui mettent l’IA au service des sciences (mathématiques, informatique, robotique, traitement des langues, sciences cognitives, physique, statistique, santé, astronomie, chimie, science des matériaux…), des humanités (sociologie, économie, philosophie, histoire des sciences…) et de l’art, dans une logique forte de diffusion de l’IA dans toutes les disciplines scientifiques. Côté formation, l’objectif de la Paris School of AI est de proposer un cursus public, de très haut niveau, en prise directe avec les dernières innovations scientifiques et à tous les niveaux de l’après BAC au post-doctorat. Quant au volet innovation, il soutient le transfert des résultats de recherche vers les entreprises par le biais de co-encadrements de thèses, de contrats de recherche bilatéraux et de création de startups par les étudiants et les chercheurs (programme PSL Pépite, PSL Innovation Fund, PUI…). Et n’oublions pas nos collaborations européennes (via le réseau européen ELLIS, les ERC grants) et internationales (avec les États-Unis et l’Asie).
Pourriez-vous nous parler de l’offre de formation au sein de PR[AI]RIE-PSAI ?
Avant 2019 il existait déjà des masters en mathématiques et informatique spécialisés en IA ainsi que des cursus de formation continue. Pendant ses quatre premières années d’existence, PR[AI]RIE a eu un effet catalyseur au sein de PSL qui a par exemple créé une « mineure data », un programme transverse qui vise à acculturer à l’IA les étudiants toutes les disciplines. Cela nous permet aujourd’hui de proposer un cursus complet de la licence au doctorat pour les spécialistes et non spécialistes en formation initiale et continue.
Quelles sont vos nouvelles formations en matière d’IA ?
Nous avons lancé un nouveau diplôme : un CPES (entre la licence et la prépa) « Sciences des donnés Art et culture » ainsi qu’une double licence « IA & Sciences des organisations » à Dauphine – PSL. À la rentrée 2025 nous avons proposé une réforme de notre master « IA et sciences des données » (IASD) avec 2 parcours mathématiques et informatique. Un master « IA et société » et un nouvel « International bachelor of Science in IA » ont, quant à eux, attiré un public estudiantin plus large dans la mesure où ils sont enseignés en anglais. De plus, nous développons notre offre de formation continue via l’apprentissage, un executive master et l’élaboration de formations ad hoc en concertation avec les organisations professionnelles. Nous en sommes déjà à la cinquième promotion de chefs de projets formés à la demande de la Société des Ingénieurs de l’Automobile (SIA). La Société générale a également fait appel à nous (2 promotions), et nous collaborons avec We Are dans le domaine des industries culturelles et créatives.
Conférences PSAI en soirée, 11 novembre 2024
Quels sont selon vous les principaux défis à relever pour adapter la formation aux nouveaux métiers exigeant des compétences en IA ?
Les besoins de formation en IA sont immenses. C’est tout l’intérêt de notre programme transverse sur les data qui décline l’IA pour la physique, pour l’économie… L’idée n’est pas de créer des spécialistes de l’IA mais de leur faire comprendre l’impact de l’IA, un outil statistique et mathématique qui change profondément les pratiques dans les différentes spécialités, les différents métiers. Nous réfléchissons déjà à des formations en IA appliquées à la finance et aux assurances, à la santé (avec des programmes de formation continue des médecins portés par Paris Cité)… In fine, c’est une acculturation globale de la société à l’IA qu’il faut mener. À commencer par les jeunes : en février 2025, en marge du sommet sur l’IA à Paris, nous avons organisé pour les lycéens des conférences à distance et sur place (Entretiens d’Excellence, France Digitale) ainsi que des ateliers avec des spécialistes. Autant d’actes de médiation pour intégrer l’IA dans son quotidien et donner envie aux jeunes de choisir une carrière scientifique. La présence sur les réseaux sociaux, la journée « AI in the City », organisée par l’ENS-PSL lors du sommet sur l’IA précité, ou encore les podcasts de Dauphine – PSL « Ex Machina », destinés à un large public, concourent eux aussi à la diffusion des connaissances en IA pour tous.
Publié à l'origine dans ©Parlementaires de France Magazine, désormais ©Research Innov France.


