Un entretien avec M. Philippe MAUGUIN, P-DG de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra)
Concilier performance environnementale, nouvelles attentes alimentaires et performance économique des exploitations
Pourriez-vous nous rappeler les principales thématiques de recherche de l’Inra et nous donner quelques exemples de projets de recherche en ours ?
L’Inra produit des connaissances et des innovations dans les domaines de l’alimentation, l’agriculture et l’environnement pour accompagner la transition agro écologique et faire face aux défis de la sécurité alimentaire mondiale et du changement climatique. Assurer à chacun une alimentation saine et durable et permettre à nos agriculteurs d’adopter des pratiques plus performantes et plus durables nécessite d’explorer les déterminants de ces transitions pour proposer des solutions. Une démarche à laquelle notre mission d’appui aux politiques publiques donne tout son sens.
Je souhaite souligner ici les travaux d’excellence menés sur la vigne et le vin avec à la clé de nouveaux cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, permettant de diminuer de plus de 80 % l’utilisation de pesticides. Ces résultats de près de 30 années de recherche donnent à voir que les évolutions attendues par la société et les acteurs sont possibles. Je veux aussi illustrer par un exemple la transition de nos modèles agricoles avec le défi de la diversité des cultures et l’impératif de couverture des sols. Ceci doit aller de pair avec des recherches sur le développement de cultures comme les légumineuses qui jusqu’alors sont insuffisamment valorisées dans l’alimentation humaine. Concentrer des efforts de recherche sur la conception de nouveaux produits associant céréales et légumineuses (comme dans le cas de pâtes avec une teneur importante en légumineuse) est une des manières de concilier performance environnementale, nouvelles attentes sociétales en terme d’alimentation et aussi performance économique des exploitations par une meilleure valorisation de leurs productions.
Pourriez-vous nous présenter votre activité en matière d’innovation, de transfert et d’offres de technologies et nous parler des partenariats de recherche que vous avez développés ?
L’Inra doit rester à la pointe des connaissances et des technologies, et joue un rôle-clé dans l’innovation au travers de ses résultats fondamentaux, des collaborations avec les industriels, de son implication dans des innovations précompétitives, ou en appui à la création d’entreprises innovantes. Depuis 1999, 108 start-up ont été créées. Notre stratégie d’innovation, très opérationnelle, cible 17 domaines prioritaires, par exemple PlantInnov, au service de la compétitivité durable des productions végétales. Nos partenariats sont multiples, avec les acteurs socio-économiques, la société civile et l’enseignement supérieur.
La vitalité des partenariats noués par les équipes scientifiques de l’Inra avec les partenaires professionnels des secteurs agricole, alimentaire, forestier et de l’environnement s’illustre par exemple au travers de la participation de notre Institut à 9 projets de Territoires d’Innovation de Grandes Ambitions (TIGA) retenus début 2018 dans le cadre du Programme d’Investissement d’Avenir (PIA3). Le TIGA VitiRev aspire à faire de la Nouvelle Aquitaine un territoire d’excellence pour la viticulture de demain, économe en pesticides. Le Laboratoire d’innovation territoriale « Ouest Territoires d’Élevage » porte lui l’ambition d’améliorer les conditions d’élevage et de vie des éleveurs, le bien-être et la santé des animaux de ferme. Enfin, l’internationalisation de nos partenariats est stratégique. C’est à cette échelle que se jouent les enjeux de recherche et que se situent les lieux de débat de ces questions (GIEC, IPBES). Du pourtour méditerranéen aux confins de la Chine, où l’initiative 4 pour 1000 pour la sécurité alimentaire et le climat revêt tout son sens, notre engagement est grand. L’Inra est partie prenante de quelque 20 Laboratoires internationaux associés à travers le monde.
Quels sont selon vous les grands enjeux à venir dans le domaine de la recherche et auxquels l’Inra doit faire face ?
L’Inra va poursuivre le renforcement du caractère interdisciplinaire de ses recherches au travers de grands programmes thématiques. Par ailleurs la compétition mondiale qui existe aussi dans le secteur de la recherche imposera de conforter nos partenariats et coopérations stratégiques au niveau européen et international tout en intensifiant nos partenariats avec des acteurs économiques. L’objectif est d’accélérer l’innovation sur les grands fronts de science. Tout cela se fera naturellement dans un contexte de transition numérique, l’intelligence artificielle devant être mobilisée au service des grands enjeux du développement durable. La fusion de l’Inra avec Irstea début 2020 nous permettra de conforter notre leadership sur les domaines de l’agriculture numérique, de l’eau, de la prévention des risques naturels et de la bioéconomie.
L’INRA en chiffres (2017)
Premier institut européen de recherche agronomique ;
Deuxième rang mondial pour ses publications en sciences agronomiques ;
Une communauté de 13 000 personnes ;
Plus de 250 laboratoires au sein de 17 centres de recherche en région ;
340 familles de brevets, 443 certificats d’obtention végétale et 181 logiciels et bases de données ;
980 contrats actifs avec un ou plusieurs partenaires
Publié à l'origine dans ©Parlementaires de France Magazine, désormais ©Research Innov France.


