Un entretien avec M. Sylvain BOUCHER, Président du Pôle Aqua-Valley
Accompagner la transition hydrique des territoires grâce aux solutions innovantes
Quels sont les chiffres-clés et les axes stratégiques du Pôle Aqua-Valley ?
Créé en 2011, le Pôle Aqua-Valley rassemble 245 membres dont 225 entreprises (à 84 % des TPE, PME et startups) qui représentent 4 000 salariés et 1,5 Md€ de chiffre d’affaires. Il est un des 3 membres fondateurs de France Water Team, le Pôle de Compétitivité de la filière de l’eau et regroupe l’ensemble des métiers de la filière. Par ailleurs, il a labellisé 98 projets de R&D pour un budget total de près de 160 M€ et son équipe de 10 personnes est très mobilisée par l’organisation de quelque 150 événements par an. Le Pôle Aqua-Valley a identifié 4 axes stratégiques : l’identification et la mobilisation des ressources en eau, la gestion concertée de ces ressources et de leurs usages, la réutilisation des eaux de toutes origines (qualité, identification et traitement des pollutions), les approches institutionnelles et sociétales des eaux et de leurs usages (acceptation sociétale des solutions innovantes pour le traitement de l’eau).
Pourriez-vous nous présenter votre offre de services ?
Dédié comme tous les pôles à l’innovation collaborative, Aqua-Valley accompagne le développement économique des entreprises pour leur permettre de répondre aux besoins des marchés. Aqua-Valley est un animateur de réseau avec la participation à des salons, l’organisation de journées techniques, de conférences, de rencontres et de formations-actions pour favoriser la constitution de consortia d’innovation et l’accès à de nouveaux marchés. Il accompagne les entreprises dans leurs démarches d’innovation, d’export, de croissance, de montage de projets européens, de normalisation et d’intégration de la RSE pour accroître leur capacité à répondre aux appels d’offres. Dans le cadre du projet AQUARHESE, il assure la bonne application de la charte qualité des réseaux d’eau et d’assainissement, et alimente la réflexion sur la gestion intégrée des eaux pluviales ou l’efficience des réseaux en milieu urbain. Il représente également les entreprises adhérentes au sein du comité stratégique de la filière Eau, du Partenariat Français pour l’Eau et de l’Institut Méditerranéen de l’Eau. Il est aussi partenaire de plusieurs clusters d’entreprises à l’international. Il soutient enfin tous événements susceptibles de valoriser la filière à l’instar du hackathon organisé par le centre international Unesco sur l’eau de Montpellier – ICIREWARD : la 5ème édition a eu lieu cette année avec 410 participants de 17 pays et 3 continents. Le forum annuel AQUA SÛRETÉ de Nîmes bénéficie également de notre soutien. Tous ces événements convergent vers les Aqua Business Days que nous organisons annuellement.
Pourriez-vous nous donner quelques exemples de projets labellisés par le Pôle Aqua-Valley ?
La réutilisation des eaux usées traitées est abordée dans de nombreux projets tels que Irrialt’eau (irrigation raisonnée de la vigne), SmartFertiReuse (ferti-irrigation de plein champ sur 30 ha) ou encore Zeus (traitement et recyclage des eaux de process industriels). Pour sa part, le projet Neophil porte sur la conception d’une nouvelle génération de membranes, fibres creuses hydrophiles, pour la filtration et le recyclage d’eaux résiduaires urbaines, Matrics se concentre sur la définition de modèles d’écoulement dans les réseaux d’assainissement en vue d’anticiper leur vieillissement tandis que Sirhyus se focalise sur le grand cycle de l’eau pour identifier les réserves constituées en hiver, les confronter aux besoins des agriculteurs et prévenir d’éventuels risques de pénurie. D’autres projets portent sur le développement d’un outil de gestion patrimoniale des réseaux, de solution pour la détection rapide de polluants tels que les cyanobactéries ou encore d’outils pour une gestion plus performante des usages industriels ou publics de l’eau.
Quels sont les enjeux liés au développement économique de la filière régionale de l’eau ?
Pour nos entreprises adhérentes, il y a un triple enjeu d’accès aux marchés internationaux, aux financements européens et à la commande publique, frileuse quand il s’agit d’être la première à utiliser une innovation. Elles doivent aussi intégrer la rareté de l’eau et généraliser les pratiques de reuse et de recyclage dans tous les domaines afin de réduire leur empreinte hydrique. Selon l’ONU, 78 % des activités économiques dépendent de la présence de l’eau. Il est donc urgent d’innover à grande échelle pour partager l’eau et l’économiser : recharge maîtrisée des aquifères, récupération des eaux de pluie, réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation, l’arrosage et le lavage urbains. Nous devons aussi améliorer nos connaissances sur les nouveaux polluants (microplastiques, fongicides, résidus médicamenteux) pour mieux les éliminer. Enfin, il est crucial d’identifier les formations qui répondront aux métiers de demain – des métiers fortement touchés par la révolution du numérique – et d’accompagner la transition hydrique des territoires pour une meilleure gestion et un partage durable de la ressource en eau.
Publié à l'origine dans ©Parlementaires de France Magazine, désormais ©Research Innov France.





