Un centre de recherches dévolu à la défiguration

Un entretien avec le Pr Bernard DEVAUCHELLE, Président de l’Association Institut Faire Faces

Quels sont les chiffres-clés et les membres fondateurs de l’Institut Faire Faces (IFF) ?

Davantage que des chiffres-clés, c’est une date-clé qui suscite la volonté de créer un institut de recherches dévolu à la défiguration : c’est celle de novembre 2005, date à laquelle nous avons eu la possibilité de réaliser la première allotransplantation de visage. S’inspirant du modèle de l’IRCAD, soutenu par la direction de notre CHU à Amiens et par l’Université ainsi que par l’European Association for Cranio-Maxillo-Facial Surgery, l’IFF est ainsi créé, encouragé à répondre aux investissements d’avenir (PIA) dont il bénéficiera en 2011 sous la forme du projet EQUIPEX intitulé « Figures ». Dans le même élan, le Conseil régional, doublé de fonds européens FEDER, investit pour la construction d’un bâtiment dédié ; il verra sa construction légèrement différée et le bâtiment devrait ouvrir au printemps de l’année 2022.

Parallèlement, une équipe de recherche intitulée « CHIMERE » (chirurgie, imagerie, régénération) est labellisée en 2018. Enfin une Fondation de Coopération Scientifique est en cours de constitution, portée par dix acteurs dont la région Hauts-de-France, Amiens métropole, l’UPJV (Université de Picardie Jules Verne), le CHU Amiens-Picardie, l’Université de Technologie de Compiègne (UTC), le CEA List, les laboratoires Brothier ainsi que quelques sociétés scientifiques.

© CHU Amiens-Picardie

Axes de recherche de l’Institut Faire Faces

Pourriez-vous nous présenter les différents axes de recherches de l’Institut Faire Faces ?

© CHU Amiens-Picardie

L’Institut Faire Faces est avant tout un lieu, une plateforme dévolue à la recherche. L’IRM dont nous disposons, exploitée en collaboration avec la société Philips, oriente ses travaux vers l’IRM de flux, la spectroscopie, l’élasto-IRM… L’EQUIPEX nous a permis de créer une plateforme unique en Europe d’analyse des mouvements du visage. Ses douze caméras permettent de vérifier la récupération des muscles de la mimique faciale chez les personnes atteintes de paralysie ou ayant subi une greffe du visage.

Nous travaillons également sur le eye-tracking (analyse des micromouvements de l’œil), la robotique chirurgicale (développement avec l’Université de Bâle d’un robot afin de réaliser des découpes osseuses automatisées au laser), l’apprentissage du geste chirurgical dans sa dimension haptique (dans le cadre d’une collaboration avec le CEA-List). Cette ligne de recherche s’inscrit dans le cadre plus large du GRECO soutenu par l’UPJV. Notre équipe est impliquée dans l’ingénierie du tissu osseux avec notamment des applications dans le traitement des fentes labio-alvéolo-palatines et, dans la suite d’une collaboration avec l’Université de Technologie de Compiègne, nous travaillons sur la mise au point d’un dispositif médical pour la régénération nerveuse à partir de fils de soie électrospinés (alternative à l’autogreffe).

Depuis longtemps est également établie une collaboration avec les enseignants-chercheurs en sciences humaines et sociales (philosophes, épistémologistes, sociologues, historiens…) qui nourrissent de leurs réflexions la question de la défiguration.

Le nouveau centre de recherche sur la défiguration

Pourriez-vous nous parler du nouveau centre de recherche sur la défiguration ?

Ce centre donc, aboutissement de dix années de travail, est unique en Europe. Il se veut attractif pour les chercheurs qui veulent s’impliquer dans les différentes thématiques. Parallèlement à cette activité de recherches, ce lieu se veut être également un lieu de formation : il disposera d’un bloc opératoire de chirurgie expérimentale dévolu aux animaux de taille moyenne et s’inscrira dans une dynamique de partenariat avec SIMUSANTE, autre acteur labellisé IDEFI dans le cadre de ce même PIA et dédié à l’apprentissage par simulation. Enfin, troisième vocation du centre : celle d’éduquer le regard et de cultiver la tolérance et le respect vis-à-vis des personnes souffrant d’un handicap facial. À ce point de vue, des campagnes sont menées ainsi que des collaborations avec des associations de patients.

© CHU Amiens-Picardie
© CHU Amiens-Picardie

Défis et perspectives

Quels sont, selon vous, les principaux défis de recherche à relever dans votre domaine d’expertise ?

Comment concilier les progrès dans le domaine de la technologie et les contraintes imposées par la dimension biologique du corps humain ? C’est la question de la tolérance qui rejoint l’autre question de la tolérance dans le cadre de la transplantation. Il y a aussi ces dispositifs médicaux qui sont développés, pour ce qui nous concerne, pour restaurer la fonction nerveuse : être capable d’améliorer la récupération d’une fonction biologique détruite (greffer « une émotion »). Au fil du temps, la chirurgie faciale se ponctue de qualificatifs : d’ablative, elle est devenue reconstructrice et à la chirurgie de transplantation succèdera une chirurgie régénérative. Voici le défi à relever pour les années à venir.

© Institut Faire Faces - Olivier Baledent & Jérémie Bettoni

Publié à l'origine dans ©Parlementaires de France Magazine, désormais ©Research Innov France.

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