Une recherche translationnelle et pluridisciplinaire au bénéfice des patients

Un entretien avec le Pr Norbert VEY, Professeur d’Hématologie à Aix-Marseille Université, Directeur Général de l’Institut Paoli Calmettes (IPC)

Quels sont les grands axes de la recherche clinique de l’Institut Paoli Calmettes ?

Nos priorités sont le cancer du sein, le cancer du pancréas et les leucémies aigues grâce à nos importantes cohortes de patients : elles nous permettent d’organiser un continuum entre la recherche fondamentale (portée par le Centre de Cancérologie de Marseille – CRCM), la recherche clinique et l’offre de soins. Par ailleurs nous nous focalisons sur 3 sujets principaux, à savoir la médecine personnalisée (profils moléculaires des tumeurs et testing in vitro pour mesurer leur sensibilité à différents médicaments et prédire les effets de différents traitements) ; l’immunothérapie autour des anticorps monoclonaux mais également de la thérapie cellulaire ; les sciences humaines et sociales (empowerment du patient par l’information et l’onco-coaching, modélisations économiques…).

© Institut Paoli Calmettes
© Institut Paoli Calmettes

Pourriez-vous nous donner quelques exemples de projets de recherche en cours ?

Dans le cadre d’un partenariat avec la société marseillaise Innate Pharma, spécialisée dans l’immunothérapie pour le traitement du cancer, l’Institut conduit la phase I du développement d’un anticorps anti-CD73 dans le cancer du sein. Nous pilotons aussi un projet de sciences humaines et sociales en onco-coaching, qui consiste à utiliser les techniques de coaching réservées aux sportifs de haut niveau pour aider les patients à rebondir après un cancer. Cette stratégie nouvelle fait l’objet d’une étude prospective randomisée (essai REBOND-2) auprès de patients ayant reçu une greffe de moelle osseuse après une leucémie aigüe.

En quoi consiste le programme clinique et translationnel Leucémie et Hémopathies Myéloïdes ?

Ce programme assure un continuum de la recherche fondamentale jusqu’au lit du patient. Il s’appuie sur trois piliers : une collection d’échantillons de cellules tumorales à partir de prises de sang ou de ponctions de la moelle osseuse, une équipe pluridisciplinaire (cliniciens et chercheurs débattent des molécules d’intérêt pour de futures études) et des essais cliniques de nouveaux médicaments issus de nos propres équipes de recherche ou non. Nous avons d’ailleurs été chargés par la société parisienne Inatherys de conduire une étude de première administration chez l’homme d’un anticorps immunoconjugué, une molécule de chimiothérapie vectorisée par cet anticorps pour se fixer sur les cellules leucémiques. Une thérapie ciblée en somme.

Pourriez-vous nous présenter les activités du Centre Labellisé D’Essais de Phase Précoce (CLIP²) ?

Le CLIP² a reçu un label et un financement de l’INCa pour structurer ses essais de phase I, I-II et II. C’est important pour satisfaire les exigences élevées en matière de sécurité des patients et donner de l’ampleur à nos travaux. En outre, notre CLIP² se distingue par une activité mixte, orientée à la fois vers l’hématologie et les tumeurs solides : le rapprochement de ces aires thérapeutiques d’habitude séparées est fort utile pour partager les avancées des connaissances. Chaque année 200 à 250 patients sont inclus dans les essais de phase précoce à l’IPC. Cette activité permet d’offrir un accès à l’innovation aux patients ayant épuisé les solutions thérapeutiques conventionnelles. Nous recrutons principalement des patients de la région PACA, mais aussi plus largement au niveau national.

Quels sont selon vous les grands enjeux de la recherche en hématologie ?

Il y a selon moi deux grandes priorités : les thérapies ciblées et l’immunothérapie pour le traitement des leucémies. La route est encore longue malgré les progrès réalisés et nous avons tout intérêt à appliquer à ces pathologies complexes les découvertes de nouveaux produits actifs et la compréhension des mécanismes de dérèglement des cellules cancéreuses. Il est urgent de sortir de son silo, de rassembler chercheurs, cliniciens, physiciens, mathématiciens pour faire progresser nos connaissances de toutes les pathologies. Il faut aussi tisser des liens avec des entreprises de biotechnologie et des pharmas pour accélérer la diffusion des avancées vers les patients. C’est ce que nous faisons, par exemple avec ImCheck Therapeutics, une start-up co-fondée par l’un des chercheurs de l’Institut. À l’origine d’innovations dans le domaine de la modulation du système immunitaire, elle conçoit la prochaine génération d’anticorps immunothérapeutiques pour le traitement du cancer et en particulier des leucémies. Son gros potentiel est de bon augure pour l’attractivité de l’écosystème marseillais !

© Institut Paoli Calmettes

Publié à l'origine dans ©Parlementaires de France Magazine, désormais ©Research Innov France.

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